COLBAC : #RefusonsLaCorrida

Nos articles Soapbox nous permettent de donner la parole à des associations expertes des combats qui nous tiennent à cœur, via des articles originaux écrits par ces associations. Nous ne modifions jamais les textes qui nous sont fournis, pour laisser une entière indépendance à l’association et ne pas dénaturer son message (nous nous contentons d’ajouter, si nécessaire, des notes d’explication). Nous donnons ici la parole au COLBAC (Comité de Liaison Biterrois pour l’Abolition de la Corrida) pour 6 articles expliquant son combat contre la corrida.

Qui est COLBAC ?

Le COLBAC a pour but final l’abolition de la corrida. Né à Béziers en 1993, il œuvre plus spécifiquement pour la fin des corridas dans le Biterrois. Il alerte, informe, sensibilise la population sur la barbarie tauromachique, ses victimes, ses soutiens directs et indirects. Il interpelle les pouvoirs publics. Il s’oppose à la propagande et à la désinformation du milieu taurin, ainsi qu’à la justification de la torture animale comme relevant d’un art ou d’une tradition encore acceptable. Il manifeste régulièrement pour imposer la question de la fin des spectacles cruels dans le débat public. Tout en diversifiant ses formes d’action, le COLBAC se maintient strictement dans le cadre de la légalité et de la non-violence.

La corrida est la seule activité humaine où la torture et la mort violente d’un animal sont exaltées et érigées en spectacle. 

Dans une ambiance festive, durant vingt minutes, un taureau est délibérément blessé par des hommes qui le provoquent, le harcèlent, plantent et enfoncent dans son corps divers instruments tranchants. Exsangue et à bout de souffle, l’animal est achevé à coups d’épée et de poignard.

Les corridas formelles mettent en scène des matadors expérimentés et des taureaux de plus de 4 ans. Les novilladas se déroulent comme les corridas, mais utilisent des taureaux de 2 ou 3 ans et les toreros ne sont encore confirmés. Une corrida de rejón est un type de corrida où les toreros officient à cheval.

Il y a une nécessité de dissimuler la cruauté du spectacle par des artifices de décorum et de mise en scène : musique, costumes, «chorégraphie» des participants, afin de transformer ces tueries en épisodes festifs pour un public chauffée à blanc par l’ambiance.

1. Un peu d’histoire

En 1850, la loi Grammont, première loi de protection animale, est promulguée et vise à interdire et sanctionner la maltraitance publique des animaux domestiques.

En 1853, la première corrida formelle est organisée près de Bayonne sous l’impulsion d’Eugénie de Montijo, épouse de Louis Napoléon Bonaparte. La corrida viole évidemment la loi Grammont, mais soutenue par l’impératrice, la corrida s’introduit librement en France, sans aucune répression jusqu’à la chute du Second Empire.

À partir de 1870, la répression contre la corrida commence, mais les coupables bravent les sanctions, avec le soutien d’une partie de la population et des élus, essentiellement dans le Midi.

En 1951, constatant que les amendes ne suffisaient pas à réprimer la corrida, le Parlement adopte un amendement à la loi Grammont : la loi ne s’applique pas si une « tradition ininterrompue » peut être invoquée. Huit ans plus tard, en 1959, est ajoutée la notion de « locale ».

Ainsi, en contradiction flagrante avec l’objectif visé par la loi Grammont, on “légalisait” un délit dans une partie de l’hexagone. Bien que minoritaires, les aficionados ont su faire pression sur le monde politique local, des maires aux députés, pour obtenir un appui efficace.  

Aujourd’hui, ce sont les mêmes forces qui agissent pour s’opposer à l’abolition de la corrida.

2. Quelques chiffres

La corrida sévit dans huit pays : Espagne, France, Portugal, Mexique, Colombie, Venezuela, Pérou et Equateur.

En France, la corrida bénéficie d’une immunité pénale dans 12 départements du Sud-Est et Sud-Ouest : Bouches-du-Rhône, Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, Tarn, Tarn et Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques, Landes, Gironde, Var et Haute-Garonne (ces deux derniers départements n’ont toutefois plus organisé de corridas depuis respectivement 2010 et 2016).

En 2023, 54 villes françaises ont organisé 143 spectacles avec mises à mort. Les plus importantes sont Nîmes, Béziers, Arles, Bayonne et Dax.

588 taureaux ont été tués en France, en 2023, lors de corridas et novilladas (Source : revue Toros n°2206, décembre 2023). Ce chiffre ne prend cependant pas en compte les taureaux abattus lors de corridas et d’entraînements privés, dont le nombre reste inconnu. De plus, il ne tient pas compte des taureaux de moins de 2 ans, qui sont mis à mort lors de becerradas et de compétitions entre apprentis toreros.

Il y a une cinquantaine d’élevages de taureaux destinés aux corridas en France. Tous les éleveurs s’accordent pour dire que cette activité n’est pas rentable. La corrida ne constitue pas leur principale activité économique.

La majorité des taureaux qui sont utilisés dans les arènes françaises proviennent d’élevages en Espagne ; de même, la majorité des toreros qui toréent en France sont des professionnels étrangers. 

Seulement 5% à 10% des taureaux destinés aux corridas vont effectivement aux arènes. Les autres sont envoyés à l’abattoir.

Une corrida se déroule en trois temps appelés tercios et utilise quatre types d’armes : la pique, les banderilles, les épées et le poignard.

1. Premier tercio : la pique

Pour mettre à mort un taureau, il faut commencer par l’affaiblir. C’est le rôle du picador à cheval, armé d’une pique dont l’extrémité est une grosse pointe d’acier de forme pyramidale, très coupante. L’homme enfonce la pique dans le cou de l’animal et creuse un trou pouvant atteindre 30 cm de profondeur tout contre la colonne vertébrale, zone extrêmement sensible. Fréquemment, les coups de piques sont mal placés, dans le dos, le thorax ou l’épaule, ce qui entraîne des blessures extrêmement graves. Le but de la pique est de provoquer une hémorragie pour affaiblir le taureau, de sectionner les ligaments de son cou pour l’empêcher de relever la tête et de générer de la douleur pour tester sa « bravoure ».

2. Deuxième tercio : les banderilles

Les banderilles sont des manches en bois terminés par des harpons de 4 centimètres. Pourquoi des harpons ? Pour que l’arme, une fois enfoncée dans la chair, ne puisse pas s’en détacher : à chaque mouvement du taureau, le fer remue dans la plaie, cisaille la chair, ce qui occasionne une vive douleur. Le taureau est rendu fou furieux par la torture des banderilles, il se défend jusqu’à l’extrême limite de ses forces. Au total, six harpons sont cloués dans son dos.

3. Troisième tercio : épées et poignard

L’homme plonge une lame de 90 cm dans le dos de l’animal. Techniquement, l’épée ne peut jamais atteindre le cœur. Ainsi, la mort n’est jamais foudroyante. Dans le meilleur des cas, la lame atteint un gros vaisseau près du cœur et déclenche une hémorragie interne qui entraîne la mort en quelques minutes. Mais le plus souvent, la mise à mort est ratée : la lame ne pénètre qu’à moitié, au mauvais endroit, bute sur un os ou prend une mauvaise direction. Il faut recommencer. Fréquemment, la lame transperce un poumon :  l’animal suffoque et crache du sang.  Si le taureau lutte encore, le torero plante une épée spéciale pour sectionner la moelle épinière : le taureau s’écroule, paralysé. Il est alors achevé à coups de poignard dans la nuque. Plusieurs minutes peuvent s’écouler avant qu’un taureau poignardé ne meure. Sous les applaudissements, le taureau est fréquemment mutilé : ses oreilles ou sa queue sont offertes en récompense au bourreau qui a « bien tué ».

4. Les chevaux de corrida

Les chevaux de picador sont fréquemment renversés par la charge du taureau. Ils ne sont pas à l’abri de blessures car leur protection matelassée n’est pas infaillible. Leurs yeux sont bandés pour éviter qu’ils ne s’écartent brusquement en voyant le taureau foncer sur eux. Leurs oreilles sont bouchées afin de les isoler des bruits qui les apeurent. En plus d’être exposés aux blessures et à un stress maximal, ils sont soumis à un dressage intensif où on leur apprend à refouler leurs instincts et réflexes de fuite.

Dans la corrida “de rejón” (corrida à cheval), les chevaux ne bénéficient d’aucune protection. Servant de boucliers aux cavaliers, ce sont eux qui prennent les coups de corne. Les blessures et charges mortelles sont donc fréquentes au cours du spectacle et surtout au cours du dressage qui dure des années.

En 2016, le Conseil de l’Ordre des vétérinaires a écrit : « Dans les spectacles taurins sanglants, la douleur infligée aux animaux n’est pas contestée. » 

La cruauté est définie comme le penchant à faire souffrir ou comme le goût à faire du mal à autrui. Elle va donc au-delà de la violence car elle implique une intention.

Pr Jean-Claude Nouët, fondateur de La Fondation Droit AnimaL.

    1. En France, la loi interdit par principe la corrida et ne la tolère que par exception, au nom de la tradition.

    L’article 521-1 du Code pénal sanctionne la maltraitance animale et qualifie de délit le fait d’exercer des sévices graves ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité.

    Toutefois, l’alinéa 11 de ce même article dispose que ces peines ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une « tradition locale ininterrompue » peut être invoquée.

    Le terme « courses de taureaux » désigne précisément dans ce cadre les pratiques tauromachiques sanglantes (corridas espagnoles et portugaises).

    La nature des sévices et des actes infligés au taureau n’est donc pas contestée : aux yeux de la loi, la corrida relève d’un délit de cruauté, mais l’existence d’une tradition locale ininterrompue permet de justifier la commission de ce délit.

    La corrida est une exception à l’interdiction d’exercer des actes de cruauté sur un animal.

    Sanctionnée sur 90 % du territoire national, sa cruauté est tolérée – exempte de sanctions – dans seulement 10 % des départements français, au motif de la tradition.

    2. Quelles sont les peines prévues pour l’organisation d’une corrida dans 90 % du territoire national ?

    Le premier alinéa de l’article 521-1 du Code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité.

    Le cinquième alinéa du même article dispose que, lorsque les faits ont entraîné la mort de l’animal – ce qui est le cas lors des corridas – les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 euros d’amende.

    3. Une loi absurde et inique

    L’article 521-1 tolère dans son onzième alinéa ce qu’il condamne dans son premier alinéa. Cela conduit à l’absurdité d’une loi qui dépénalise sur un territoire ce qu’elle punit de lourdes peines sur un autre.

    L’argument de la tradition est moralement irrecevable : la sensibilité d’un animal ne varie pas en fonction de la zone géographique, et légitimer une pratique parce qu’elle existe depuis un certain temps n’est pas acceptable

    Une telle argumentation n’existe que dans le cas de la corrida. Aucune tradition ne devrait prévaloir sur la loi. La corrida doit être sanctionnée partout en France, sans exception.

    L’alibi de la tradition ne justifie en rien le maintien de pratiques cruelles, et le fait d’être traditionnelle rend la cruauté encore plus inacceptable.

    Pr Jean-Claude Nouët, fondateur de La Fondation Droit Animal.

    Le fait que la corrida soit exonérée de sanctions pénales là où elle serait une « tradition locale ininterrompue » n’enlève rien au caractère cruel et délictuel du spectacle. Permettre à un enfant d’assister à une corrida, c’est donc à la fois l’initier à la pratique d’un délit et mettre sous ses yeux une violence réelle, non fictive, infligée intentionnellement à un animal captif, dans un cadre festif.

    1. Des effets néfastes pour le développement psychique et émotionnel des enfants.

    De nombreux psychiatres et psychologues alertent sur les risques d’effets traumatiques et d’accoutumance à la violence chez certains jeunes spectateurs de corrida.

    La première réaction d’un enfant à la vue d’un animal qui saigne sous les coups d’un homme est toujours une réaction de stupeur, d’incompréhension et de malaise.

    Pour certains enfants, cela peut aller jusqu’à des effets traumatiques avec des images qui vont rester imprimées dans la mémoire très longtemps. Ce risque est corroboré par des témoignages d’adultes qui ont été marqués à vie par une corrida à laquelle ils ont assisté lorsqu’ils étaient enfants. Même si tous ne montreront pas de signes psychologiques apparents de post-traumatisme, les effets peuvent rester latents et perturber leurs fonctions psychiques et émotionnelles.

    Ces actes violents autorisés peuvent désorganiser leurs repères moraux du bien et du mal, du juste et de l’injuste et créer une dissonance psychologique.

    L’exposition répétée à des scènes cruelles (de surcroît cautionnées et valorisées par les adultes référents) peut créer progressivement une accoutumance et un effacement du sentiment empathique ressenti lors de la première expérience. Au pire, elle peut favoriser l’émergence de pulsions sadiques.

    Une étude espagnole rapporte qu’une majorité d’enfants ont un sentiment défavorable sur les corridas, et qu’après avoir regardé une vidéo de corrida, leur score d’agressivité et leur score d’anxiété sont plus élevés lorsque les images sont accompagnées de commentaires joyeux plutôt que de commentaires neutres.

    2. Harmoniser la loi française pour protéger les enfants de la violence

    La loi française témoigne clairement d’une volonté de protéger les enfants de toute exposition à la violence : l’article 227-24 du Code pénal sanctionne les messages à caractère violent lorsqu’ils sont susceptibles d’être vus ou perçus par un mineur.  L’article 521-1 du même code majore les peines pour actes de cruauté sur un animal détenu lorsque ces actes sont commis en présence d’un mineur. L’article D4153-37 du Code du travail protège les moins de 18 ans en interdisant de les affecter à des travaux d’abattage et d’euthanasie animale.

    Par ailleurs, le CSA a encadré la diffusion de la tauromachie à la télévision en imposant une signalétique jeunesse, la non-diffusion le dimanche matin et la non-diffusion de la mise à mort.

    Au regard de ces principes d’interdiction, il est incohérent et paradoxal d’autoriser la présence de mineurs lors des corridas.

    3. Les enfants touristes et la gratuité des places de corridas pour les plus jeunes

    Les touristes français et étrangers qui emmènent leurs enfants voir une corrida sont le plus souvent ignorants de la cruauté du spectacle auquel ils vont les exposer et sont eux-mêmes surpris.

    En France, non seulement il n’y a aucune limite d’âge pour assister à une corrida, mais dans l’immense majorité des cas, l’entrée est gratuite pour les enfants. En offrant des places gratuites aux plus jeunes, les organisateurs de corridas cherchent à initier et à accoutumer la nouvelle génération à cette pratique, dans l’espoir de créer une base de spectateurs potentiels pour l’avenir. Cette gratuité crée la fausse impression que la corrida est un banal divertissement familial.

    4. L’ONU dit non aux mineurs dans les corridas

    En 2016, le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU, constitué d’experts indépendants chargés de vérifier l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant, a exhorté la France à tenir les mineurs à l’écart de la tauromachie espagnole. Il s’inquiète du bien-être physique et mental des enfants exposés à la violence des corridas, et s’appuie sur la notion d’intérêt supérieur de l’enfant, qui signifie que l’intérêt de l’enfant en tant que personne peut prévaloir sur l’autorité parentale.

    5. Apprentissage de la torture dans les écoles taurines

    En France, des centres de formation existent à Arles, Nîmes, Béziers et Cauna. On y apprend à toréer, torturer et tuer des veaux dès l’âge de 13 ans. 

    Les élèves apprennent d’abord les gestes avec un chariot figurant le taureau. La pratique se fait ensuite avec des bovins loués ou achetés aux éleveurs : sur l’animal jeune et apeuré, l’enfant se fait la main. Puis les élèves apprennent à mettre à mort des veaux ou des génisses, dans de grandes souffrances pour l’animal puisque ces premiers coups d’épée sont très imprécis et très maladroits. 

    Les jeunes sont ainsi exposés à la violence, au sang, à la maltraitance animale auxquels ils sont rendus insensibles. Ils pratiquent la cruauté comme d’autres enfants pratiquent le foot, le tennis ou la danse.

    Pendant près de 20 ans, la municipalité de Béziers a accordé une subvention annuelle de 30 000 euros à l’école taurine biterroise. 

    Insinuer dans l’esprit d’un enfant qu’un acte de violence envers un animal peut être valorisant est contraire à toutes les recommandations éducatives. La société doit se préoccuper de la violence dont les jeunes peuvent être témoins, victimes ou auteurs. Un seul enfant marqué à vie par les actes de cruauté dont il a été témoin lors d’une corrida est un enfant de trop.

    Outre les taureaux tués dans les arènes publiques, un certain nombre de taureaux sont mis à mort dans des arènes privées.

    Les corridas privées et les journées « fiesta campera » sont très fréquentes chez les éleveurs de taureaux. Les toreros sont soit des professionnels qui s’entraînent à torturer et à tuer, soit des aficionados amateurs qui veulent jouer au toréador et pratiquent la tauromachie espagnole en guise de loisir au sein de l’AFAP (Association Française des Aficionados Practicos).

    La corrida privée a lieu chez un éleveur, dans sa propre petite arène, sans aucun public ou pour quelques dizaines de spectateurs venus sur invitation personnelle.

    Les animaux suppliciés à cette occasion – veaux, génisses ou taureaux – sont de pauvres bêtes qu’une tare physique rend invendables pour une corrida publique. On les achète à bas prix pour les massacrer, puis on se rembourse en vendant leur viande à des bouchers.

    Ces tueries étant perpétrées en privé, sans aucune publicité, leur nombre annuel est impossible à évaluer. Il est seulement certain qu’elles sont bien plus nombreuses que les corridas publiques. Surtout en début de carrière, les toreros professionnels, pour s’entraîner, tuent beaucoup plus en privé qu’en public.

    Une « fiesta campera » est une fête champêtre organisée chez un éleveur de taureaux. Un repas au milieu de la journée sert d’entracte entre les brutalités commises sur des bovins le matin et les sévices infligés à d’autres bovins l’après-midi. Ces brutalités et sévices varient beaucoup d’une fête à l’autre, allant de la ferrade (marquage au fer rouge et découpe des oreilles) à la corrida privée, selon les goûts et les moyens des organisateurs. Les fiestas camperas sont annoncées sur les sites taurins.

    Ces événements privés ont pour dessein de susciter de « l’aficion » (passion de la tauromachie) et sont profitables aux éleveurs qui peuvent écouler leur bétail et évaluer le comportement de leurs animaux (ce qui leur fournit des informations pour sélectionner les meilleures lignées génétiques et améliorer la qualité de leur élevage), ainsi qu’aux toreros qui peuvent se faire la main et perfectionner leur art de la torture.

    Entraînements à tuer

    Les matadors doivent réglementairement tuer à l’arme blanche. L’épée doit s’enfoncer dans l’épaule droite, passer sous l’omoplate, glisser entre deux côtes pour transpercer la cage thoracique. Si l’épée heurte un os, si elle ne s’enfonce pas assez, si elle pénètre de travers, ressort entre les côtes, si le coup est donné trop bas ou trop haut, alors le matador n’obtient pas de trophée. S’il “tue mal” et s’y reprend plusieurs fois, il est hué. Pour enfoncer l’épée jusqu’à la garde, le matador doit s’exposer aux cornes. Un long entraînement est donc indispensable pour acquérir la sûreté des gestes et les réflexes nécessaires.

    Ces entraînements s’accompagnent de grandes souffrances pour les victimes. Les pointes des cornes sont systématiquement sciées, car les apprentis tueurs ne doivent prendre aucun risque.  On a même vu un torero s’entraîner sur un taureau avec des cornes cassées qui pendaient de chaque côté de sa tête.

    Il n’y a aucune règle et aucun contrôle en privé. À l’abri des regards, les pires sévices sont permis. Après une estocade ratée, on arrache l’épée et on recommence plusieurs fois. Récemment, lors d’un entraînement public, dans les arènes de Béziers, les coups d’épée ont occasionné un trou béant sur le dos du taureau.

    Derrière chaque corrida publique, il faut imaginer un grand nombre de mises à mort privées où sont perpétrées de réelles atrocités.

    1. Mettre fin à la corrida : une question de dignité, de civilisation et d’humanisme

    La dignité humaine est mise à mal lorsque des êtres vivants sont torturés et mis à mort pour notre simple divertissement. Le progrès civilisationnel consiste à s’affranchir de la cruauté en abandonnant les coutumes barbares. Au XXIème siècle, tuer un animal ne devrait pas être un spectacle.

    Les avancées scientifiques ont montré que les mammifères, notamment, ressentent la douleur et les émotions telles que la peur ou l’angoisse. Ces découvertes ont favorisé une évolution des mentalités et des législations pour protéger les animaux de la maltraitance. Ainsi la corrida, pratique anachronique, n’a plus sa place dans notre société moderne.

    Les partisans de la corrida avancent souvent les arguments de la culture et de l’identité régionales pour défendre cette pratique. En réalité, la corrida suscite des polémiques virulentes dans tous les pays où elle est pratiquée. Loin de constituer un lien social, elle fracture la société, allant donc à l’encontre de la fonction d’une “culture”. Même au sein des villes taurines, la corrida est un facteur de clivage. Elle ne peut donc pas constituer une identité régionale.

    2. L’arrêt des corridas n’aura pas de conséquences néfastes sur l’économie

    En raison de la désaffection croissante du public, les corridas sont quasiment toutes déficitaires et ne survivent que grâce aux subventions publiques et à des partenaires privés. 

    Les corridas ne créent aucune richesse. Ce sont les férias, c’est-à-dire les festivités de plusieurs jours dans lesquelles les villes taurines incluent les corridas, qui contribuent à l’économie locale. Mais si les férias sont indispensables à la survie des corridas – ces dernières profitant de l’afflux de touristes – l’inverse n’est pas vrai et les férias n’ont nul besoin de corridas pour prospérer :  95 à 97% de personnes qui fréquentent les férias n’assistent pas aux corridas. Pour tous ces gens, les férias sans tauromachie sanglante sont déjà une réalité.

    Rappelons que 75 % des Français sont favorables à l’interdiction des corridas selon le sondage IFOP le plus récent (Sondage IFOP pour la Fondation 30 Millions d’Amis – Janvier 2024)

    La survivance d’un spectacle aussi cruel et éthiquement inacceptable qu’est la corrida est incompréhensible dans notre société. Face aux souffrances du taureau, la culture, la tradition et l’art de la tauromachie ne sont que camouflage, verbiage et bla-bla. Des mœurs sanguinaires sont à l’opposé de la culture

    Pr Jean-Claude Nouët, fondateur de La Fondation Droit Animal.
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